Les anticorps dirigés contre les récepteurs à TSH

Les anticorps dirigés contre le récepteur de la thyrotropine (TSH) peuvent provoquer un dysfonctionnement de la thyroïde et même une maladie manifeste comme celle de Basedow. Ces anticorps anti-récepteur de la TSH sont aussi appelés anticorps anti-TRAK, et interagissent avec le récepteur TSH. Ils peuvent soit stimuler soit bloquer le récepteur selon le type spécifique d'anticorps.

L'évaluation des TRAK est particulièrement utile dans le travail sur Basedow, dans lequel la stimulation non régulée du récepteur tend à dominer, augmentant la production d'hormones thyroïdiennes. C'est un peu comme si ces anticorps permettaient de laisser le bouton "ON" du récepteur à TSH constamment allumé, et cela cause les nombreux effets systémiques de Basedow, notamment ceux sur les yeux, la peau, les os, le cœur et le foie. Dans la thyroïdite auto-immune de Hashimoto, les TRAK peuvent être détectés, mais ont plutôt tendance à bloquer le récepteur et à diminuer la production d'hormones thyroïdiennes.

De faibles TRAK suggèrent l'absence de maladie thyroïdienne auto-immune, tandis que des TRAK élevés peuvent être associés à Basedow et à ses symptômes plus graves, Hashimoto, et à de fausses élévations dues à un apport élevé de biotine (vitamine B8).

Les anticorps anti-thyroglobuline

Les anticorps contre la thyroglobuline, la protéine précurseur de l'hormone thyroïdienne, représentent une réponse auto-immune à sa libération dans la circulation sanguine, un évènement probablement dû à des dommages à la glande thyroïde (comme une inflammation, une lyse cellulaire).

Ces dommages peuvent être dus à des facteurs environnementaux, à une diminution de la protection antioxydante et à des carences en nutriments, notamment en magnésium. L'administration de magnésium peut réduire les anticorps anti-thyroglobuline.

Des anticorps anti-thyroglobuline élevés sont associés à la maladie de Hashimoto, à Basedow, au cancer de la thyroïde, à la polyarthrite rhumatoïde, à l'anémie pernicieuse (anémie de Biermer), à l'anémie hémolytique auto-immune, aux expositions toxiques et au stress oxydatif. Les niveaux peuvent être élevés avec ou sans élévation des anticorps anti-TPO dans la thyroïdite subaigüe.

De faibles niveaux d'anticorps anti-thyroglobuline suggèrent l'absence ou la rémission d'une maladie thyroïdienne auto-immune active.

Les anticorps anti-TPO

La peroxydase thyroïdienne (thyroperoxydase, abrégée TPO) est l'enzyme qui fixe l'iode à l'acide aminé tyrosine (qui se trouve sur la thyroglobuline) pour former les hormones thyroïdiennes. Les auto-anticorps dirigés contre la TPO attaquent la glande thyroïde elle-même, provoquant initialement la libération de T4 suivie d'une diminution compensatoire de la TSH.

Les anticorps anti-TPO doivent être recherchés même si les autres biomarqueurs thyroïdiens sont normaux voire optimaux. Des anticorps élevés pourraient être un signe précoce de développement d'une maladie thyroïdienne auto-immune. En faisant cette analyse régulièrement, on peut anticiper les maladies auto-immunes dans leur premier stade de développement, stades que j'explique dans ma MASTERCLASS.

Les chercheurs suggèrent que les anticorps anti-TPO devraient être ajoutés à la mesure de la TSH et des hormones thyroïdiennes ou utilisés comme marqueur autonome pour détecter les premiers stades de la thyroïdite auto-immune. L'anti-TPO est considéré comme un marqueur auto-immun plus sensible que les anticorps anti-thyroglobuline, qui sont plus sensibles pour détecter le cancer différencié de la thyroïde. Cependant, les deux anticorps peuvent être détectés jusqu'à 7 ans avant un diagnostic de maladie thyroïdienne auto-immune, une évaluation précoce est donc prudente et judicieuse.

La thyroïdite chronique auto-immune, connue sous le nom de thyroïdite de Hashimoto ou thyroïdite lymphocytaire chronique, est la principale cause d'hypothyroïdie dans les pays développés. Elle se caractérise par la destruction du tissu thyroïdien par le système immunitaire de l'organisme.

Bien que les preuves biochimiques puissent ne pas être présentes au début de la maladie, le profil caractéristique de la chimie du sang une fois que Hashimoto a progressé est une TSH élevée, une diminution des hormones thyroïdiennes libres et totales et, dans la plupart des cas, des anticorps anti-TPO élevés. Des anticorps anti-thyroglobuline et bloquant les récepteurs de la TSH peuvent également être présents.

Une évaluation de 2 ans des biomarqueurs thyroïdiens chez 4 581 sujets euthyroïdiens (sans symptômes) a révélé que 73 % de ceux qui ont développé une hypothyroïdie étaient positifs pour les anti-TPO en moyenne 252 jours avant la perturbation des niveaux d'hormones thyroïdiennes.

La fonction thyroïdienne dépend fortement de l'état nutritionnel et peut être altérée par une insuffisance en micronutriments clés. Ceux-ci comprennent les vitamines A, D, B2, B12 et le folate, le calcium, le chrome, le cuivre, l'iode, le fer, le sélénium, le zinc, la tyrosine, la phénylalanine, l'asparagine, la carnitine et la sérine. Les observations spécifiques incluent :

Les hormones thyroïdiennes circulantes peuvent être diminuées en raison du manque d'acides aminés nécessaires à la synthèse des protéines porteuses.

La carence en vitamine D est associée à une incidence accrue de maladies auto-immunes. Chez les patients nouvellement diagnostiqués de la maladie de Hashimoto et de Graves, les niveaux de vitamine D étaient déficients à 17,05 ng/mL (42,6 nmol/L) et 14,9 ng/mL (37,2 nmol/L) respectivement, bien en dessous des niveaux optimaux. Une faible teneur en vitamine D sérique était significativement associée à une élévation des anti-TPO dans ces groupes.

Une supplémentation avec 200 ug/jour de sélénium a diminué les anticorps anti-TPO dans une étude prospective sur des femmes atteintes de thyroïdite auto-immune et d'une légère carence en sélénium. Les niveaux d'anticorps se sont complètement normalisés chez neuf femmes recevant une supplémentation.

Des anticorps anti-TPO élevés sont également associés de manière indépendante à une homocystéine élevée dans la maladie de Hashimoto et de Basedow.

Ici, vous pouvez voir que l'évaluation des anti-TPO ainsi que du statut en micronutriments peut améliorer l'évaluation de la fonction thyroïdienne et du risque de dysfonctionnement et, idéalement, retarder ou prévenir l'apparition de la maladie.

Les anticorps dirigés contre la peroxydase thyroïdienne, une enzyme nécessaire à la synthèse des hormones thyroïdiennes, peuvent être destructeurs et entraîner une maladie thyroïdienne auto-immune. Des élévations notables de ces enzymes sont observées avec la thyroïdite auto-immune de Hashimoto ainsi que la maladie de Graves, bien que les niveaux puissent fluctuer tout au long de ces troubles.

La suffisance en nutriments est cruciale pour la fonction et l'intégrité de la thyroïde. Par exemple, une carence en sélénium ou en iode est associée à un risque accru de maladie thyroïdienne auto-immune. La teneur en sélénium des aliments peut varier considérablement selon le sol sur lequel ils ont été cultivés. La teneur en iode des aliments peut également varier selon les régions et l'apport varie considérablement. Une insuffisance et un excès d'iode peuvent contribuer à une maladie thyroïdienne auto-immune.

Des anticorps anti-TPO élevés peuvent également être observés avec le cancer de la thyroïde, la thyroïdite lymphocytaire, le goitre nodulaire, la polyarthrite rhumatoïde, l'anémie pernicieuse, la thyroïdite post-partum et le cancer du sein.

Un faible taux d'anticorps TPO suggère l'absence de maladie thyroïdienne auto-immune active.

Si tu souhaites devenir incollable le fonctionnement de la glande thyroïdienne, et enfin te prendre en main, Atavi.fr te propose un cours entièrement dédié à ce sujet : La glande thyroïdienne et métabolisme des hormones thyroïdiennes.

Le déficit en vitamine D devient de plus en plus important en raison du manque de consommation de produits alimentaires très pourvus en vitamine D et d'un ensoleillement suffisant. Mais, ce ne sont pas les seules et uniques raisons et d'autres causes peuvent expliquer qu'un taux de vitamine D ne soit pas optimal et remonte difficilement avec l'aide d'un complément alimentaire. Dans cet épisode, je t'explique quelles pourraient être ces causes, mais également ce que tu peux mettre en place pour toi ou tes clients. Egalement, voici un schéma pour te permettre de bien suivre mes explications. La synthèse endogène de vitamine D passe par plusieurs étapes importantes : la peau, le foie et les reins. Si une étape est défaillante, la production est compromise et le résultat sera identique : un déficit en calcitriol. Aussi, non noté ici, un problème au niveau du récepteur à vitamine D (VDR) peut être en jeu. Le taux de vitamine D dans le sang peut être normal, alors qu'il y a des symptômes d'un déficit. Tu peux également retrouver ma fiche associée Analyses fonctionnelles du statut en vitamine D.

Avec la crise de la Covid-19, l'intérêt pour le système immunitaire et les possibles adjuvants pour le "booster" a été grandissant. Et même en dehors de la pandémie que nous venons de traverser, les laboratoires de compléments alimentaires connaissent un essor considérable depuis quelques années. Beaucoup de français commencent à s'intéresser à leur santé et cherchent à l'améliorer le plus naturellement possible. Seulement, est-il vrai que l'on peut booster son système immunitaire ? Car c'est le slogan que l'on peut lire un peu partout... "Boostez votre système immunitaire avec [...]", "Renforcez votre immunité à l'aide de [...]". En tant que nutrithérapeute, j'aime beaucoup utilisé la micronutrition et les plantes pour le système immunitaire, pas dans une optique de le "booster" mais plutôt pour le moduler (c'est très différent). Mais avant tout complément, des règles simples d'hygiène de vie sont indispensables, des règles de bon sens. Ecoute cet épisode pour comprendre mon raisonnement 😉

Référence

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Il revêt plusieurs noms : Reishi (Japon), Lingzhi (Chine), Ganorderma lucidum (nom latin) ou encore « champignon divin de l’immortalité » ou (champignon de l’éternelle jeunesse). Rien que ça ! Oui, mais ce n’est pas volé. Le champignon reishi a été l’un de mes outils favoris pour aider mes patients. Il possède énormément de vertus, dont je suis sûre que certaines sont encore à découvrir. Considéré dans le domaine de la mycothérapie comme le roi des champignons adaptogènes, il agit comme un véritable couteau suisse pour beaucoup de personnes. Les champignons médicinaux, très fragiles et éphémères, sont des bombes de santé. J’encourage toujours la consommation de champignons dans l’assiette, ils apportent de nombreux bienfaits, en particulier pour notre microbiote (et par extension notre métabolisme et immunité). Seulement, certains ne sont pas très bons. Clairement, le cèpe est divin, mais le reishi pas vraiment… Excepté en nutrithérapie. De nombreux champignons sont utilisés non pas pour satisfaire notre palais mais pour leurs effets étendus sur notre santé. Focus sur le grand reishi.

Un champignon médicinal connu depuis plus de 2000 ans

Les pays asiatiques l’utilisent et l’ont recensé depuis longtemps dans leur pharmacopée. Depuis très longtemps, ils l’utilisent pour ses effets stimulants sur le système immunitaire et la promotion de la santé. Evidemment, sans l’EBM, la médecine chinoise s’est uniquement fondée sur les effets empiriques constatés et l’expérience, mais l’on peut désormais creuser ses pouvoirs en science et dénicher ses applications thérapeutiques, preuves à l’appui, mais connues depuis longtemps.

Assez rarement disponible dans la nature, il a longtemps été objet de convoitise et réservé à une catégorie aisée. Sa consommation ancestrale en Chine était associée à davantage de vitalité, de longévité et de spiritualité. A l’état sauvage, le reishi pousse dans des zones humides, chaudes, avec un terreau spécifique, comme celles des régions subtropicales de l’Orient, ce qui expliquait sa rareté durant des siècles. La majorité du reishi disponible actuellement en compléments alimentaires est issue de cultures artificielles tant il est difficile à trouver. Sa fructification nécessite en temps normal plusieurs mois, avec des paramètres de température et de pH optimaux.

Concernant les composés bioactifs du ganoderma lucidum, qui lui confèrent sa haute renommée, on trouve principalement :

La teneur en ces différents composés sera variable selon plusieurs paramètres. Si l’on cherche de la précision pour un objectif thérapeutique particulier, comme pour le cancer, il est préférable de se tourner vers l’extrait de reishi, et de l’associer à un protocole global de nutrithérapie anticancer associé au traitement médical (à voir avec ton praticien).

Que peut-on attendre du reishi ?

Bénéfice majeur : le cancer

Il s’agit de l’un des champignons les plus étudiés. En particulier, le domaine de l’oncologie s’intéresse de près à ses effets. Il est un formidable adjuvant naturel dans les thérapies anticancers. Il m’est très souvent arrivé de le recommander à mes patients atteints d’un cancer, que ce soit pour accompagner leur traitement (chimiothérapie, radiothérapie), ou en rémission pour renforcer leur terrain. Il a permis de diminuer la fatigue ressentie lors des traitements lourds, et à haute dose, les études montrent une participation à la réduction des cellules cancéreuses. Le reishi possède un effet immunomodulateur assez intéressant, notamment grâce aux B-glucanes.

Dans le cadre des études sur le cancer, le reishi a montré une capacité d’augmentation des concentrations des médiateurs chimiques de l’inflammation (cytokines, interféron), ce qui permet de renforcer l’efficacité de la thérapie. Il permet également de contrecarrer l’effet immunosuppresseur important de la thérapie. Ganoderma lucidum semble stimuler naturellement les fonctions immunitaires des patients atteints de cancer, en augmentant les taux de lymphocytes CD3, CD4 et CD8. C’est aussi le cas pour les macrophages, ces cellules immunitaires qui « nettoient ». Il active également significativement les cellules NK (tueurs natifs) et les cellules dendritiques.

Clairement, les études sur l’Homme manquent, bien que certaines aient déjà été menées et concluantes. Notamment, deux études ont montré des effets significatifs sur le cancer du poumon et cancer de la prostate chez l’Homme. Les chercheurs ont également noté une augmentation de 65 % de la qualité de vie des personnes atteintes d’un cancer (score Karnofsky).

La prise de reishi au cours d’un traitement oncologique doit être impérativement discutée avec son oncologue et/ou thérapeute spécialisé. Atavi ne recommande pas la supplémentation à l’aveugle et sans l’avis de professionnels.

Autres effets intéressants

Globalement, sa puissance s’exerce sur le système immunitaire et la fatigue (adaptogène). En association avec d’autres champignons, ou seul, ses bénéfices sont notables pour de nombreuses choses. C’est en cela que le reishi est le couteau suisse des champignons. S’il devait n’y en avoir qu’un à avoir sous le coude, ce serait lui !
C’est dont un formidable champignon pour travailler sur beaucoup de choses. Grâce à ses effets antioxydants, anti-inflammatoires et sédatifs, il peut soutenir de nombreuses conditions :

Se supplémenter : les choses à savoir

La plupart des études scientifiques menées sur le reishi utilise l’extrait de reishi et non la poudre du champignon entier. Ceci est dû au fait que les études s’intéressent tout particulièrement à ses effets thérapeutiques, qui nécessitent une haute concentration et précision dans le titrage des principes actifs (ce qui est possible avec l’extrait). Il convient donc de choisir la forme à consommer selon ses intérêts :

En raison de la grande précision nécessaire pour faire pousser le reishi, il est logique que le prix d’achat final suive. Pour cette raison, méfies-toi des prix trop attractifs, même si c’est tentant. Avec les champignons médicinaux, la qualité se paie. Parmi ceux que j’utilise et que j’ai recommandés à mes patients, le Mico-Rei de chez Hifas da terra est très bien, ainsi que le Reishi Supreme de la marque Supreme nutrition.

Note également qu’il doit être pris avec de la vitamine C. En effet, ses principes actifs sont largement mieux absorbés avec la prise concomitante de vitamine C.

https://www.cochranelibrary.com/cdsr/doi/10.1002/14651858.CD007731.pub3/full/fr?contentLanguage=fr

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK92757/

Gao, Yihuai et al. “Effects of water-soluble Ganoderma lucidum polysaccharides on the immune functions of patients with advanced lung cancer.” Journal of medicinal food vol. 8,2 (2005): 159-68. doi:10.1089/jmf.2005.8.159

Qu L, Li S, Zhuo Y, Chen J, Qin X, Guo G. Anticancer effect of triterpenes from Ganoderma lucidum in human prostate cancer cells. Oncol Lett. 2017 Dec;14(6):7467-7472. doi: 10.3892/ol.2017.7153. Epub 2017 Oct 9. PMID: 29344190; PMCID: PMC5755215.

La possibilité que des implants mammaires puissent générer des problèmes de santé est un sujet de discussion scientifique de longue date. Cette thématique fait débat depuis des décennies, mais ce n’est que depuis quelques années qu’on observe aux USA la montée en puissance des plaintes des femmes concernées, qui se sont aperçues avoir déclenché un ensemble de symptômes à la suite d’une pose de prothèses mammaires, plus ou moins rapidement. Le phénomène a notamment été permis et amplifié par les réseaux sociaux, ce qui n’a pas manqué de donner de l’eau au moulin de ceux en faveur des implants, critiquant le mouvement. Les prothèses mammaires peuvent être posées à visée esthétique ou à la suite d’une ablation, comme dans le cadre d’un cancer du sein, ou pour malformation. Cet ensemble de symptômes est regroupé par les patientes et certains professionnels sous la dénomination de « maladie des implants/prothèses mammaires » (breast implant illness ou BII). L’ensemble des symptômes a été lié au syndrome ASIA (autoimmune/inflammatory syndrome induced by adjuvants) ou syndrome de Shoenfeld. Actuellement, cette maladie n’est pas reconnue comme un diagnostic médical officiel. Il n’y a pas de consensus scientifique mais beaucoup de femmes et de praticiens en sont persuadés, leurs implants les ont rendues malades. Dois-tu t’inquiéter si tu es concernée ?

Les implants mammaires

Il existe plusieurs types de prothèses mammaires :

Les formes et textures sont aussi variables selon le résultat souhaité.

En 2010, l’Afssaps (agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) décide de retirer du marché les prothèses mammaires du fabricant des PIP (Poly Implant Prothèse). En effet, grâce au travail d’investigation d’un journaliste, ainsi qu’à la dénonciation d’anciens employés du groupe, l’Afssaps a fini par mettre le nez dans les affaires du PDG. Les types de silicone utilisés pour fabriquer le gel à destination des implants étaient tout simplement frauduleux et non déclarés. Le PDG avait fait le choix de falsifier les documents officiels. Chose importante à savoir également, les produits de santé ne subissent pas les mêmes contrôles que la mise sur le marché d’un médicament… La manœuvre est facile !

Tu peux en apprendre davantage ici : Les prothèses mammaires PIP : les données du scandale.

De plus, les effets secondaires potentiels des implants mammaires en silicone bien connus sont la contracture capsulaire, les réactions allergiques et les maladies auto-immunes, ainsi qu’une forme rare de cancer du système lymphatique (Lymphome Anaplasique à Grandes Cellules associé à l’implant mammaire, dit LAGC-AIM) que souligne les experts de l'Institut national du cancer en février 2019 :

Il existe un lien clairement établi entre la survenue de cette pathologie et le port d’un implant mammaire.

Le groupe souligne que la fréquence de cette complication est cependant très faible.

Compte-tenu de la difficulté à déterminer le nombre de femmes porteuses d’implants mammaires, et de la sous-notification potentielle des cas de LAGC-AIM, l’estimation de son risque ne peut être que très approximative. Il est variable selon les études et les pays. En France, actuellement, une dizaine de cas est recensée chaque année. Parallèlement, environ 67 000 implants y sont vendus en moyenne annuellement.

Le syndrome ASIA ou de Shoenfeld

Le Professeur israélien Yehuda Shoenfeld, médecin et chercheur dans le domaine de l’auto-immunité, a proposé en 2011 une définition de ce syndrome ASIA (ou syndrome de Shoenfeld), accompagné de sa consœur le Professeur Nancy Agmon-Levin. Ils ont alors érigé les critères diagnostiques suivants :

Pour qu’un syndrome ASIA soit cliniquement envisageable, il faut réunir soit :

Tout problème de santé qui se déclarerait après utilisation d'un adjuvant (silicone, sels d'aluminium, agents infectieux…) pourrait donc être analysé à la lumière des critères ASIA, y compris les implants mammaires. C'est ce qu'ont souhaité faire des chercheurs.

La cohorte de Maastricht

En 2016, Maartje J.L. Colaris et son équipe publient une étude comparative qui reprend une cohorte de 1994, la Baylor College Cohort. Les chercheurs ont souhaité reprendre les symptômes rapportés à la lumière des critères ASIA créés en 2011. Ils souhaitaient examiner si le terme "adjuvant breast disease" de la cohorte de 1994 désignait la même chose que "Silicon Implant Incompatibility Syndrome" dans celle de 2014. L'hypothèse était que, malgré l'évolution positive de la qualité du silicone utilisé pour les implants mammaires, en raison du durcissement de la législation, cela n'empêchait pas de déclarer des problèmes de santé.

Comparaison des cohortes de Baylor College et Maastricht

Pour ce faire, ils ont analysé les manifestations locales et cliniques :

ETUDESBAYLOR COLLEGE COHORT MAASTRICHT COHORT
Année de publication19942014
Echantillon100 participants100 participants
DuréeEntre 1985 et 1992De janvier à octobre 2014
Dénomination diagnostique"Adjuvant breast disease""Silicon Implant Incompatibility Syndrome" (SIIS)
Manifestations localesContracture capsulaire
Sensibilité, endolorissement ou douleur des seins
Brûlures et gonflements des seins
Engourdissement ou écoulement des mamelons
Lymphadénopathie
Contracture capsulaire
Suintement et/ou fuite de l'implant
Rupture de l'implant
Dislocation de l'implant
Sensibilité locale
Lymphadénopathie

Il faut noter que pour chaque cohorte, les implants provenaient de différentes entreprises, mais étaient tous constitués de gel de silicone. Il a été conclu que les manifestations cliniques rapportées entre les deux cohortes étaient comparables sur plusieurs points :

MANIFESTATIONS CLINIQUESBAYLOR COLLEGE COHORT (1994)MAASTRICHT COHORT (2014)
Fatigue chronique9598
Arthralgie et/ou arthrite 8191
Myalgie, myosite, faiblesse musculaire9154
Troubles cognitifs8178
Pyrexie5264
Syndrome de Gougerot-Sjögren7273
Manifestations neurologiques sévères3220

Egalement, ont été retrouvés d'autres manifestations dans les deux cohortes : syndrome de Raynaud, syndrome de l'intestin irritable, infections respiratoires récurrentes, cystites récidivantes, livedo reticularis, allergies, et de façon plus anecdotique d'autres troubles (perte de cheveux, syndrome dépressif, céphalées…). Les sérologies révélaient aussi des anomalies (immunoglobulines notamment, mais moindre dans la cohorte de Maastricht, très certainement en raison d'une amélioration de la qualité du silicone utilisé).

Sur les 54 participants à la cohorte de Maastricht ayant fait retirer leurs implants, 50 % (n=27) ont eu des améliorations de leurs symptômes.

Un syndrome fibromyalgique ?

Dans les 18 autres cohortes incluses dans l'analyse, les mêmes manifestations étaient retrouvées. Ainsi, malgré les normes toujours plus strictes en matière de qualité du silicone, les auteurs concluent que la qualité n’est pas le problème, mais bien le silicone lui-même qui semblerait se répandre dans l’organisme et générer des réactions stimulantes à l'encontre du système immunitaire :

Nous proposons que chez les patientes souffrant d'un ASIA dû à un SIIS, l'implant mammaire pourrait être le stimulus nociceptif*. Le stimulus nociceptif (silicone) en combinaison avec l'inquiétude considérable concernant la sécurité de l'implant mammaire provoque une perturbation de la voie de signalisation de la douleur et une stimulation excessive des neurotransmetteurs dans le système nerveux central et, par conséquent, des plaintes systémiques. Toutefois, une différence majeure entre la fibromyalgie idiopathique et la fibromyalgie induite par le silicone est la cooccurrence d'une déficience immunitaire et/ou d'une auto-immunité au cours du suivi des patients atteints d'un ASIA dû au SIIS.

*Concept concernant l’ensemble des structures nerveuses et des mécanismes impliqués dans la détection, la transmission et le traitement de la douleur. Dictionnaire Académie de Médecine

En définitive...

Les manifestations pathologiques ne sont pas forcément immédiates, ni obligatoires. Toutes les femmes portant des implants mammaires ne déclenchent pas forcément de problèmes de santé, et il est important de le souligner. Toutefois, il existe également des femmes qui déclenchent des symptômes, dont la survenue est bien souvent des années après la pause, et pour lesquelles le rapprochement n'est pas fait. C'est pourquoi il me semblait nécessaire d'écrire cet article. Une prothèse mammaire, comme n’importe quel corps étranger dans l’organisme, reste… un corps étranger. A ce titre, des réactions sont possibles. J'ai eu l'occasion d'avoir en consultation des femmes qui portaient des prothèses mammaires et présentaient des problèmes de peau (acné, psoriasis, eczéma), de la fatigue, anxiété et nervosité, troubles du sommeil, une baisse de libido et inflammation généralisée (gain de poids, douleurs articulaires). On pourrait penser que le retrait des implants suffirait à supprimer les symptômes, mais ce n’est pas toujours le cas. Du moins, il est important de se pas se contenter de l’explantation.

https://www.atctoxicologie.fr/images/Dossier/LES_PROTHESES_MAMMAIRES/Les_Proth%C3%A8ses_Mammaires_PIP_Dossier_N5__Les_proth%C3%A8ses_mammaires_PIP.pdf

file:///C:/Users/Utilisateur/Downloads/Avis_LAGC_AIM_22.02.19.pdf

Shoenfeld, Yehuda, and Nancy Agmon-Levin. “'ASIA' - autoimmune/inflammatory syndrome induced by adjuvants.” Journal of autoimmunity vol. 36,1 (2011): 4-8. doi:10.1016/j.jaut.2010.07.003

Colaris, Maartje J L et al. “Two hundreds cases of ASIA syndrome following silicone implants: a comparative study of 30 years and a review of current literature.” Immunologic research vol. 65,1 (2017): 120-128. doi:10.1007/s12026-016-8821-y

Shoaib, B O et al. “Adjuvant breast disease: an evaluation of 100 symptomatic women with breast implants or silicone fluid injections.” The Keio journal of medicine vol. 43,2 (1994): 79-87. doi:10.2302/kjm.43.79*

Cohen Tervaert, J W, and R M Kappel. “Silicone implant incompatibility syndrome (SIIS): a frequent cause of ASIA (Shoenfeld's syndrome).” Immunologic research vol. 56,2-3 (2013): 293-8. doi:10.1007/s12026-013-8401-3

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